Nicole Piétri

Doctorante sous la direction de François Soulages
nicolepietri@orange.fr

Sujet de thèse (résumé)

La photographie comme sépulture

Le photographe construit une histoire qui nous fait voir le sujet de la photographie d’une certaine façon. Cette histoire qui, si elle croise la nôtre, n’en demeure pas moins notre histoire à tous, celle qui nous regarde tous, dont nous sommes, peu ou prou, in fine responsables, si ce n’est d’elle-même, en tout cas de la montrer comme telle (Susan Sontag) .
La photographie atteste (Roland Barthes), prouve l’existence d’autrui et le plus souvent ― dans les conflits modernes ― témoigne de la fin de son histoire : de la réalité de sa mort. Si l’on ne peut, dans notre monde d’aujourd’hui, espérer mourir en héros, on peut ― comme alternative pour échapper à la "vraie mort"(Jean-Pierre Vernant) ― aspirer à une mise en lumière photographique, à une visibilité maximale pour être certain de ne pas tomber dans l’oubli : de ne pas finir, comme cadavre.
Parfois, la photographie donne la mort, assassine, fait mourir et dans le même temps, paradoxalement, permet au mort de continuer à exister au-delà de sa mort. Elle est une mémoire du vivant. Elle se substitue à la sépulture. Quelque chose du sujet continue à exister au-delà de la mort au sens médical. Serrano montre que le cadavre n’est pas le mort, il ne témoigne que de sa mort et non de son existence, de son histoire. La vie que l’on pourrait encore voir dans le visage, par la photographie, n’est plus.
La Photographie argentique ne servirait-elle pas dans son fonctionnement même, une mécanique implacable de mise à mort progressive et programmée via une alternance de lumière et d’obscurité, de bruit (celui de l’appareil photo), de silence ? Dans la photographie de Lewis Payne (qui sera condamné à mort pour avoir tenté d’assassiner le secrétaire d’État des États-Unis et pendu après le procès des conspirateurs de l’assassinat d’Abraham Lincoln) d’Alexander Gardner, Lewis Payne par son regard absent, s’efface de la scène, disparaît, comme s’il se supprimait d’avance, devancerait ainsi l’acte photographique : une prise de vue "mortifère" . 
La photographie argentique serait inexorablement liée à la mort au futur ou aurait à voir avec la perte, le deuil de ce qui est irrémédiablement perdu dans l’instant vécu (François Soulages). La photographie numérique pourrait perpétuer cette confrontation ou ne pas finir d’ « en finir avec la mort ». De cette façon, nous échapperions à l’oubli ou au contraire nous pourrions penser qu’elle nous nous empêche, par-devers nous, d’oublier. 

Mots clés : sépulture / oubli / mémoire / deuil / perte / mort / empreinte / existence / photographie / argentique / numérique / histoire / guerre / responsabilité / regard.

Activités de recherche

Publication
Nicole Piétri, « La frontière des frontières, c’est la mort », in François Soulages (dir.), Malraux, le passeur de frontières, Paris, L’Harmattan, coll. Eidos, série RETINA, 2015, pp. 99-112.

Activités professionnelles

Professeur agrégée en arts plastiques, Collège Jean Racine, Viroflay