Marion Delgoulet

Doctorante, sous la direction de Mr François Soulages
delgoulet.marion@gmail.com


Sujet de thèse (résumé)

Esthétique de la photographie de l’invisible :
inscription de l’image mentale, interface de l’indicible
 
 Ce projet de thèse envisage la problématique du médium photographique comme nouveau support et territoire de la représentation du visible et de l’invisible. Il s’agit, dans le cadre de ce projet de thèse, d’interroger les liens entre la photographie et l’invisible, territoire qu’elle peut capturer et inscrire sur la surface de l’image. Le projet de recherche va s’atteler à montrer de quelle façon la photographie entretient un lien étroit avec le versant indicible de notre monde.
 
 Le propre de la photographie est de faire apparaître : elle a contribué à élargir notre regard et a permis de reconditionner notre perception du monde, en transgressant les limites de la vision et en ouvrant ainsi une fenêtre sur le monde invisible au moyen de son support. Grâce à elle, nous traversons les frontières : l’invisible est devenu le visible. De par son histoire, la photographie est liée à la science. Cependant, à l’inverse des sciences dures, qui elles cherchent à faire apparaître la réalité des choses, la photographie cherche à faire apparaître la réalité des choses autrement : la représentation du monde par l’image a atteint un paroxysme à la fin du XIXe siècle, où la découverte des rayons X, qui peuvent percer la matière sans ouvrir pour dévoiler le territoire invisible, a déterminé le rôle de la technique photographique comme médium capable d’empreindre l’invisibilité. L’histoire de la technique photographique démontre qu’elle est en mesure de représenter ce qui est de l’ordre du mental, de l’imperceptible et du secret, et de concrétiser cet invisible sur l’écran de papier. La photographie, en s’approchant de ce qui demeure encore insaisissable, intouchable, à la frontière de l’existence, aide à la découverte d’un monde intérieur et peut ainsi participer à la recherche d’un équilibre, menacé par un monde trop envahissant.
 
 La puissance actuelle, qui est celle conquise par l’œil humain, n’a de cesse de repousser toujours plus loin dans ses représentations les limites du monde et de nous-mêmes dans ce que nous sommes de plus intime. Aujourd’hui, l’ère post-digitale ouvre un champ des possibles différent : grâce au développement exponentiel des prothèses technologiques, avec lesquelles la science cherche la possibilité de visualiser les activités imaginatives, l’art, et en particulier la photographie, proposent de repenser les limites de la réalité ainsi que celles de l’imagination, en offrant la possibilité de matérialiser autrement l’immatérialisable. Elle propose de s’emparer des phénomènes intérieurs et de reconditionner l’aspect imaginaire de leurs représentations. C’est parce qu’elle est capable de faire émerger des représentations de mondes improbables mais possibles que la technique photographique, en interrelation avec l’extérieur et l’intérieur qui nous composent, est en mesure de permettre une nouvelle compréhension des phénomènes du monde : en laissant notre imaginaire extérioriser les images mentales blotties au cœur de nos fondations, et en réinventant le monde, la technique photographique permet, en leur offrant un cadre, de capturer nos fantasmes de réalité impalpable et d’en offrir une réalité.
 
 La révolution numérique a donné un nouvel élan à l’aspect conventionnel de l’image, elle lui a permis de s’émanciper en se libérant du support et des formats classiques. Les techniques peuvent aller au-delà de ce que l’homme a imaginé, en se penchant sur la réalisation de mondes plausibles plutôt que réels, dessinant de ce fait les contours d’un monde préférable. L’art se donne pour volonté de résoudre le problème de cet impossible à construire, en s’affranchissant des frontières grâce à l’imagination, afin de repenser le futur au prisme des futurs, en repoussant les limites de l’impossible. En nous donnant l’opportunité d’ouvrir autrement la porte de ces nouveaux territoires de l’invisible, la photographie occupe une place centrale dans un monde oppressant ; la représentation mentale peut être à l’origine de la création d’autres espaces, qui répondent à la démesure par la démesure et qui, en plaçant ce qui nous hante dans le monde visible, se montrent capable de nous guérir.


Activité de recherche

Séminaires et cours
Suivi régulier : François Soulages, séminaire " Problèmes esthétiques et historiques sur les images : des frontières " (Séminaire INHA)
François Soulages, cours de "Méthode d’une esthétique" (Paris 8)