Mathieu Bouvier

Statut  : sous la direction de Catherine Perret (EPHA) et Isabelle Launay (MUSIDANSE)

email : mathieu.speculos@gmail.com

Sujet de thèse, résumé :

Titre : Des gestes, des figures. Pour une approche figurale du geste dansé.

 A de nombreux égards, la danse est le nom d’un singulier travail de la figure : elle oeuvre la figure humaine, que ce soit pour la configurer à des typologies chorégraphiques(les figures constituées par les répertoires), ou pour la transfigurer dans l’« acte pur des métamorphoses » où Paul Valéry voyait la souveraineté de l’art chorégraphique. Ainsi, loin de désigner un quelconque type chorégraphique, le mot de figure indique pour nous l’épiphanie sensible ou la « voyance » qui, au spectacle du geste, fait surrection dans le corps et effraction dans la forme :une image dans le mouvement, un rythme dans l’image, une force dans la forme, une dissemblance dans la ressemblance, lapsus visuel ou mirage sensible.

 Ce projet de recherche hérite de la compréhension de la figure comme événement visuel aniconique, suivant une tradition de la philosophie de l’art qui va d’Aby Warburg à Georges Didi-Huberman, en passant par Erich Auerbach, Louis Marin, Daniel Arasse ou Marie-José Mondzain. Dans le sillage de la métapsychologie freudienne, ces auteurs montrent comment les détours signifiants de la figura[1] dans l’iconographie chrétienne, avec ses processus tropologiques de déplacement, de condensation et de travestissements, sont comparables au travail de la « figurabilité » (Rücksicht auf Darstellbarkeit) que Freud décrivait comme une des ruses de l’inconscient : compromis plastiques dans les formations du rêve ou du symptôme. Dans le champ philosophique, le concept de figural, introduit par Jean-François Lyotard avec son ouvrage Discours-Figure[2] avant d’être adopté par Gilles Deleuze pour analyser la peinture de Francis Bacon[3] , désigne la manifestation du sens hors-la-signification, suivantles forces d’une énergétique primaire (pulsionnelle, pré-thétique) irréductible aux élaborations secondaires du logos. Or, si Lyotard prêtait à la peinture de Cézanne ou de Klee la puissance singulière de « faire voir que voir est une danse »[4], la danse nous paraît a fortiori l’art qui potentialise le mieux ce réfléchissement du regard et les excès de vision où l’oeil se voit voyant. Car c’est en effet dans l’espace même de la ressemblance, dans ce champ mimétique où le danseur et le spectateur se réfléchissent d’emblée comme semblables, que la danse peut faire comparaître ses dissemblances critiques, ses intrigues de la perception et ses « illuminations profanes » (Benjamin).

 Ce projet de recherche a donc pour objet de repenser à nouveaux frais le concept de figure dans le champ de la danse contemporaine, à partir d’un examen critique de la notion de figuration corporelle (ses ressorts somatiques et expressifs, ses régimes anthropologiques, ses effets de signifiance), et en vue de produire les outils théoriques et pratiques d’une approche figurale du geste dansé, soutenue par une question directrice : que donne à voir une danse ?

 

Activités de recherche

Direction de projet de recherche

2016 >2017. Direction d’un programme de recherche artistique « Le travail de la figure, que donne à voir une danse ? » Manufacture, He.So, Haute école de théâtre de Suisse romande, département Recherche & Développement, direction Yvane Chapuis. Direction artistique Mathieu Bouvier et Loïc Touzé

site internet : http://pourunatlasdesfigures.net/

 

Publications

  • 2017 « Levée des figures. pour une approche figurale du geste dansé » article in Nouveaux régimes de la Figure, Littérature et arts visuels. Direction : Laura Marin. Centre d’excellence dans l’étude de l’image (CESI), Université de Bucarest, Roumanie.
  • 2017 « Pour une danse voyante » article in revue Recherches en danse, aCD. n°6
  • 2016 « Connaissance par les gouffres » entretien avec Yasmine Hugonnet, revue Watt n°1
  • 2016 « Faire une danse par télépathie » in Gestes en éclats, Art, danse, performance, dir. Aurore Després, Presses du Réel.
  • 2015 « Le parti-pris du figural » Revue Rodéo, n°3B « Qu’appelle danser ? », Lyon.
  • 2015 « Excès de vision, Self-Unfinished, Xavier Le Roy », in Corps-Objet-Image, n°1, L’infra, dir. A. Godfroy, éditions TJP Strasbourg
  • 2012 « Danse / Cinéma » entretien avec Loïc Touzé. Collectif, sous la direction de Stéphane Bouquet. éd. Cappricci.
  • 2008 « Ce que peut (pour nous) le corps de Buster Keaton », article, revue Vertigo, Numéro 32.

 

Colloques

2016 Nouveaux régimes de la figure. Littérature et arts visuels, Centre d’excellence dans l’étude de l’image (CESI), Université de Bucarest, 11-12 novembre 2016, Bucarest, Roumanie

 

Enseignement

Chargé de cours, « Analyse d’œuvres », L3 danse, université Paris 8, 2017-18 (1er semestre)



[1] voir Didi-Huberman Georges, Fra Angelico, Dissemblance et figuration. Flammarion, Paris 1995, 2009. pp. 90-145

[2] Lyotard Jean-François, Discours,Figure, Paris, Klincksieck, 1971, 2002.

[3] Deleuze Gilles, Francis Bacon, Logique de la sensation, Paris, éd. La Différence1981, Seuil 2002.

[4] Lyotard, op. cit. p.12