Gary Burgi

Sous la direction de François Soulages
Equipe de recherche : EA 4010 - Arts des images et art contemporain (AIAC)
bgary2010@gmail.com

Titre de la thèse : Mise en exposition du graffiti, 2009-2016

Sujet de thèse (résumé)

Dans quelle mesure l’acte d’exposer, au sens de mettre en vue, devient-il contradictoire avec la pratique du graffiti, si normalement, un graffiti est de fait, ou de droit, ou encore littéralement, exposé à la vue ? Dans cette idée d’exposition est présupposée deux formes d’apparition médiatiques : l’une médiatisée, l’autre qui s’impose par son immédiateté. Or, l’immédiateté donne l’illusion d’un rapport premier aux choses, brouille la distance du sujet avec l’objet. Sous ce rapport indistinct, le regard du sujet face au graffiti serait alors faussé et doit donc être interrogé, par le processus de l’exposition, invisible, et par le phénomène de ce qui est exposé, visible.

Mur-Écran : graffiti et frontières du sans-art

La première partie de la question, à savoir celle où un graffiti ne fait pas l’objet d’une exposition, mais plutôt l’objet d’un délit mineur, implique nécessairement le respect ou la transgression d’une norme : mais laquelle ? celles auxquelles nous pensons sont d’ordre morales ou juridiques, de fait. Mais ne pouvons-nous pas penser à une norme qui soit culturelle et qui prenne de droit une forme esthétique et sociale, bien que sans-art et non-juridique nécessairement ? De quel droit s’agit-il ?
Nous entendons par « sans-art » l’action humaine en tant que praxis, semblable par un côté à l’« art » en tant qu’action de poïesis, au sens de R. Passeron, mais par différence quant à la visée poétique poursuivie. Le sans-art irait plus du côté de la vie, l’autre, du côté de l’art, de la mimésis au sens d’Aristote ; la première irait vers le mimétisme, donc la reproduction poïétique du même (ce mimétisme se vérifie dans l’impression que nous avons à faire toujours aux mêmes espèces de graffitis qui se répètent dans les mêmes espaces). D’où, une mise en question de ce qu’il y aurait de poétique, et si une représentation mimétique de ces actions, ou conduites humaines, est possible par une « œuvre d’art » comprise dans le mouvement d’exposition de sa praxis, entre sans-art et art. L’art se détacherait de la réalité du sans-art en travaillant sur ces potentialités engagées, mais qui seraient restées virtuelles, comme emprisonnées dans une dimension réaliste de l’œuvre, qui se donne comme « authentique », par le support dans sa première acception de mur, en tant que mur.
L’hypothèse est qu’il y aurait dans ce contexte du graffiti, un système de valeur à fonction variable, sur le plan éthique du sujet producteur, suivant les enjeux et les modalités en jeux de la création, soit du côté du sans-art ou de l’art. Ce qui pousse à penser le présupposé de l’art, replacé dans le contexte du sans-art.

Écran-mur : graffiti et frontières de l’art

Et dans la seconde partie de la question, qu’entendons-nous par le terme « exposer » ? Le lieu d’exposition, ou le phénomène perçu à travers des représentations, comme autant de lieu où un événement peut se produire ? Celles-ci dépendraient principalement à la fois du sujet et de l’objet crée, fondamentalement des sujets co-créateurs et des objets mis en relation, de celui qui peut être, soit spectateur, soit spect-acteur. Le problème serait que l’immédiateté de la relation génère un espace sensible non-pensé. Or, le producteur-récepteur du micro-événement est la plupart du temps vécu par un sujet le plus souvent invisible, car le lettrage anonyme qu’il élabore, évoque peut-être moins ce qui est représenté que celui qui représente, lui, celui qui tient la bombe de peinture : projection de peinture ; et l’espace de projection : la paroi. Il y aurait donc un unité de lieu et de temps, un ici et un ailleurs. Dans ce contexte, un événement peut difficilement advenir, provoquant un espace de latence inhérente à la pratique, donc au sujet.

Cependant, le géocentrisme de l’écran matériel bouleverse cette unité et les paramètres spatiaux-temporels, et peut entrer en relation avec l’égocentrisme du sujet. Il y aurait projection et potentiellement un aller simple, sans retour de l’ex-pression. Mais il y aurait un retour et une réflexivité possible de cet invisible visible chez Hegel, car l’appareil photographique peut soit jouer un rôle de transformation au sens psychique - est-ce différent avec le mur ? -, soit un rôle de transformateur au sens mécanique.

Or, le mécanique peut se donner comme le vivant. Le producteur du signe peut devenir le transmetteur d’une idéologie, simple récepteur-émetteur d’un signal, l’entremetteur du phénomène par diverses technologies du virtuel. Ce virtuel est-il lié au sujet ou à l’objet, généré par l’appareil ou en relation avec celui-ci ? La frontière entre monde réel et virtuel est mince. Du signe graffé à la signalisation de ses coordonnées spatio-temporelles, territorialisées ou détérritorisalisées, le graffiti et le corps demeurent face à un mur ou à une frontière supposée, au pied du mur ou face à l’image de ce mur et donc face à la frontière comme image (des images autres que celles d’un graffiti renouant au sujet ?). L’image du graffiti se donne-t-elle comme un mur illusionniste, ou comme une frontière créatrice de relation inconsciente ? L’expose-t-elle à ses propres frontières et leur dépassement, ou annule-t-elle le sujet en le confortant dans l’illusion d’un état qui se donne dans cet obstacle physique que peut représenter une paroi mentale ?

Co-existence des frontières entre l’art et le sans-art du graffiti : le phénomène de la disparition

De même que la fonction « pratico-sociale » de l’idéologie, au sens d’Althusser, et pratique au sens de l’être raisonnable, chez Kant, évoque l’homme du graffiti, au sens anthropologique, et non-rationnel pouvant même prendre une forme poétique tragique (Aristote). Mais convoque aussi le signe qui le représente, « voire le courant et l’époque historiques qui génèrent cette représentation » (Soulages, Portrait anonyme), ce que nous pourrions appeler le mouvement des graffitis et par extension, le street-art. Or, le corrélât de ce graffiti directement exposé à la vue suppose aussi la possibilité qu’il soit effacé, son effacement comme signe renvoyant à l’homme qui l’a produit, étymologiquement, en lui « ôtant la face ». Ce sont les conditions de la production qui déterminent la conservation de cette création ou la transmission engagée par cette action d’exposer, et par là même, implique un rapport transsubjectif de l’homme dans sa communauté d’interprétation. En quoi cet universel abstrait peut-il être dépassé par cet universel concret limité ? Est-ce le graffiti qui est effacé, ou bien l’homme auquel son signe renvoie, qui est effacé ? Mais est-ce que ce rapport analogique entre la figure graffée et la figure de l’homme méconnaissable, n’est-il pas lié à un effet de sens qui dénoncerait le mimétisme, le déclin de l’identité entre l’idée et sa représentation, et qui pourrait déboucher sur une mimésis de cette action, dont le signifiant (à la limite nettoyé, recouvert, barré) paraît dépositaire de signifiés (le sens de ces actions de l’homme). Comment ces signifiés peuvent-ils être mis en intrigue par des signifiants concrets et qui en universalisent le sens ? Mais vouloir à tout prix l’universel n’est-il pas susceptible d’engendrer son contraire en créant un univers totalitaire ?

Le contexte de l’exposition en tant que tel par le texte

L’image pourrait peut-être fonder une différence à partir de la re-connaissance des frontières du sujet par celles co-créés avec le spect-acteur dans l’objet. Or, ces images sont données par fragment et sans liaisons géographiques nécessaires. Comment les réunir dans la thèse ? Les formes de la représentation peuvent mettre en question le statut du public et ses limites dans de telles œuvres, par leur côté lisible (texte élaboré dans une culture) et visible (texte élaboré à partir d’un langage visuel), deux sens interprétables l’un dans l’autre (dans le mimétisme et la mimésis), et en fin de compte le phénomène sociétal en tant que tel, la nature de ces productions exposées au regard de la société.

Dans ce travail, on analyse ces espaces et ces frontières, sensibles et/ou intelligibles. D’où une confusion possible des dimensions entre le sujet et l’objet, qui peut instaurer une réversibilité dans le rapport au monde et à la société, par l’hypothèse du rêve généralisé face à un excès de réalisme, de muralisme, de mur. Nous recherchons donc quelles seraient les raisons d’une exposition présumée contradictoire.

Dans ce contexte, nous tenterons de nous centrer sur des propositions de graffitis anonymes, et sur les paroles d’un sujet graffeur/taggeur/writer anonyme, et sur le statut du sujet anonyme, quant à sa responsabilité politique, et la fonction esthétique des parois dans cette mise en exposition plastique du graffiti, en prenant pour pilier de la recherche une exposition qui a réellement existé à savoir Né dans la rue. Graffiti, à la Fondation Cartier, en 2009, à Paris, et qui par son titre, a déclenché un questionnement sur une origine de quelle que chose. En quoi cette date, pourrait-elle produire un effet de sens, aujourd’hui, sur notre compréhension du phénomène graffiti, sur le plan local, global, mondial, et national ?

Activités de recherche

Mai 2014 : Rédaction d’un projet de peinture murale pour l’hôpital Necker, pour enfant, réfléchi pour tous l’étage, de l’accueil des patients à leur anesthésie jusqu’à leur réveil.

2 mai 2014 : Enregistrement et montage des actes de la journée, « Peintures : entre archaïsme & modernité, entre mythe & réalité », J E org. par Isabelle Herbet, Céline Lubac (doctorantes), Marie-Luce Liberge (animatrice, doctorante) et Eric Bonnet.

23 octobre 2014 : Animation à l’espace L’Harmattan de la présentation du livre, Le coloris comme expérience poétique, Paris, L’Harmattan, coll. Eidos, série RETINA, 2014, en présence de son auteur Guy Lecerf.

Mai 2015 : Étude de terrain : participation au programme européen d’aide à la mobilité « Spring Arab », coord. par Aissa Kadri, Professeur de sociologie et directeur de l’Équipe de Recherche Analyse Sociétés Maghreb Europe, Institut Maghreb-Europe, Paris8, Bâtiment D, 2ème étage Bureaux 202 - 203, Tél. : 01 49 40 72 90 - 01 49 40 72 91. Coordination avec le laboratoire de sociologie de l’Université Moulay Idriss (Meknes, Maroc). Proposition de sujet : Révolution et graffiti après le 21 juin 2011 marocain. À quel titre(s) ? Étude d’un graffiti post-révolte. Publication d’un article pour 2016-2017.

Publication

Ces publications se référent à des colloques internationaux en France, en Turquie et au Brésil, où des communications ont été effectué entre 2011 et 2015.

Elles ont été réalisé autour d’une réflexion sur les « Frontières ». Nous avons ouvert notre champ disciplinaire qui est « l’esthétique » à d’autres objet que l’art, en y intégrant, mieux en y articulant, des questions de l’ordre du géopolitique et du sans-art, par une approche théorétique qui articulent ces dimensions entres elles et leurs frontières.

1- François Soulages (dir.), Géoartistique & géopolitique. Frontières, Paris : L’Harmattan : Paris, 2013, chap. 5 : « Le mur médiatique israélo-palestinien », Gary Burgi.

2- François Soulages (dir.), Biennales d’art-contemporain & frontières, Paris, L’Harmattan, coll. Local & Global, 2014, chap. 9 : « Biennale occidentale occ-idée ou orientale dés-orientée ? Istanbul 2013 », Gary Burgi ; chap. 4 : « Local & global, national & mondial. Lyon 2013 », Gary Burgi
 
3- François Soulages, (dir.), Frontières & artistes. Espace public, mobilité & (post)colonialisme en Méditerranée, Paris : L’Harmattan, 2014, chap. 10 : « Espace public & espace graphique. Internet & les murs du Caire », Gary Burgi.
 
4- François Soulages (dir.), Frontières & esthétisation de l’espace public, L’Harmattan : Paris, courant 2015, « Affrontements éthiques & esthétiques dans l’espace public », Gary Burgi.

Divers

France, 6 juin 2013 : Colloque International, « Frontières & esthétisation de l’espace public », INHA (Institut National d’Histoire de l’Art), Paris, France. >11 h 45 : Affrontements éthiques & esthétiques dans l’espace public. Gary Burgi, non-artiste & doctorant, Labo AIAC, RETINA.Paris8, université Paris 8, France.

Turquie, 16 septembre 2013 : « Espace public et création artistique en Méditerranée » , « Frontières et biennale d’art-contemporain, 3 », Eric Bonnet et François Soulages (Ss dir.), coord. Asli Torcu, Mı̇ mar Sı̇ nan Güzel Sanatlar Ünı̇ versı̇ tesı̇ , Istanbul, Turquie. > 15 h 30 : Espace public, espace graphique et Internet : les murs du Caire.

Brésil, 7-11 octobre 2013 : « Recherche en art » : Problème épistémologique et disciplinaire d’un objet esthétique, Gary Burgi.
 8 octobre et 9 octobre 2013 : « Déshumanisation de la ville » et 13° Colloque international, Frontières & développement humain et régional, Alberto Olivieri, François Soulages, Leliana Sousa (dir.), UNEB, Univ. de l’Etat de Bahia, Salvador, Brésil. Politique du "supplément d’âme" pour ville vitrifiée, Gary Burgi
10 octobre 2013 : 12° Colloque international « Ponts et Frontières», 1o Colloque Œuvres Structurantes, Alberto Olivieri et François Soulages (dir.), Faculté AREA 1, Salvador, Brésil. : Traversée Ponts Frontières (Travessia pontes et frontieras), texte collectif à partir des photos de Bruno Zorzal, Gary Burgi et Bruno Zorzal
11 octobre 2013 : 14° Colloque international Fronteiras Nas Artes Visuais , I° Colloque Franco-Brésilien d’esthétique de Cachoiera, Ricardo Barreto Biriba, Alberto Freire de Carvalho, Olivieri Valecia Ribeiro & François Soulages (dir.), Universidade Federal do Recôncavo da Bahia, Cachoiera, Brésil. Frontières contemporaines de l’art contemporain. Biennale d’Istanbul 2013, Gary Burgi.

France, 3 mars 2014 : Colloque de F. Soulages « Frontières, art contemporain & biennales », INHA, Paris / Local & global, national & mondial. Lyon 2013 ; 1er avril 2014 : Séminaire de F. Soulages, « Géoartistique & géopolitique », Paris 8 / Local & global, national & mondial. Lyon 2013.

France, avril 2014 : Texte à Bernard Gerboud / Trop de chefs ... mais pas assez d’indiens

Brésil, 6/11 octobre 2014 : 2° Semaine internationale RETINA.Bahia, Les frontières de l’éphémère, Ricardo Biriba, Alberto Olivieri, Valecia Ribeiro, François Soulages et Joaquim Viana (dir.), Salvador et Cachoiera, Brésil
6 octobre : XI° Colloque international Franco-Brésilien d’esthétique – L’éphémère dans les arts - École des Beaux-arts de Salvador de Bahia / UFBA (Coord. Ricardo Bririba)
7 octobre : L’image, la métropole et les frontières de l’éphémère – II° Colloque international « Frontières géopolitiques et géoartistiques » - Institut Humanités, Art et Sciences - IHAC / UFBA Université fédérale de Bahia (Coord. Joaquim Vianna), Graffiti des frontières métropoles et métronomes (écrit puis dit en portugais avec l’aide de Cintia Tosta + projection d’image)

Activités professionnelles

Aide à la gestion d’appartements.