Les artistes font des histoires, 2015.

Est-il légitime d’affirmer qu’une partie de l’histoire de l’art dit « contemporain », peut-être même « la moins négligeable », soit désormais écrite par des artistes ? Y aurait-il donc des « artistes-historiens, artistes-archivistes » qui seraient les chroniqueurs de ces « histoires qui nous manquent » ?

Succédant au volume précédent de la revue Le Genre humain, consacré à Alain Fleischer (n° 54), historiens de l’art, philosophes, artistes ne s’interrogent pas uniquement ici sur le statut actuel de l’expression « art contemporain », ils visent aussi à souligner la « portée critique » des historiographies issues de pratiques artistiques.

Les initiateurs du volume, Jean-Philippe Antoine et Catherine Perret, écrivent : « Les histoires qui prennent ainsi corps réinvestissent les catégories du document, de l’archive, du mémorial, du monument et, de plus en plus, du musée. […] Les artistes font du désordre […] et ils le font en réinstaurant une relation entre histoire et fiction que dénie ou marginalise trop souvent le milieu professionnel des historiens ».

Si les performances d’artistes font coexister des registres spécifiques, d’apparences contradictoires, si la simulation induit des scénarisations de l’histoire, ne s’agit-il pas d’une façon « expérimentale » d’explorer, voire de critiquer, les limites, éthiques et esthétiques, de l’historiographie notamment politique ? Il n’est pas impossible que ce type d’histoire, mis en forme par des artistes, et qui pourrait sembler compromis par l’emploi du replay, soit une façon rigoureuse de s’efforcer, sans nécessairement toujours y parvenir, d’échapper aux inscriptions de la répétition : mémoire aveugle et silencieuse de toute historiographie.

 

Jean-Philippe Antoine et Catherine Perret (dir.), Les artistes font des histoires, in Le genre Humain, Paris, Seuil, 2015.